Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: Alain Finkielkraut sur l'art Lun 17 Aoû 2009, 1:34 am | |
| Finkielkraut pourfendeur des antisémites 30 Juillet 2009 - Groland Canal+ Finkielkraut nous présente sa gamme de produits 0% Antisémite. <object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/fEjvziXrDXI&hl=fr&fs=1&color1=0xe1600f&color2=0xfebd01"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/fEjvziXrDXI&hl=fr&fs=1&color1=0xe1600f&color2=0xfebd01" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344"></embed></object> |
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Otton Prince

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 | Sujet: Re: Alain Finkielkraut sur l'art Jeu 22 Oct 2009, 8:48 pm | |
| « Un clip vaut Shakespeare »Entretien avec Alain FinkielkrautJeanne Favret-Saada, Gérard Lenclud et Alain Finkielkraut, « « Un clip vaut Shakespeare » », Terrain, numero-17 - En Europe, les nations (octobre 1991), [En ligne], mis en ligne le 06 juillet 2007. URL : http://terrain.revues.org/index3013.html. Consulté le 22 octobre 2009. J'aime bien Gérard Lenclud. Extrait de l'entretien avec Alain Finkielkraut : | Citation: | Alain Finkielkraut : Après coup, il m'a paru que, dans ce livre, j'avais adhéré un peu trop naïvement aux Lumières. Certes, l'idéal de l'universalité reste mien, mais la crise de la culture que nous connaissons en ce moment est, à y bien penser, imputable à la fois au triomphe des Lumières et à leur dégradation. Par exemple, la culture de masse qui se répand aujourd'hui est aussi un effet de cet idéal de méthodicité que les Lumières ont mis en place, un triomphe de la raison instrumentale, de la technique ; c'est, au fond, la méthode triomphant à l'intérieur du monde du divertissement. En effet, qu'est-ce que la culture de masse, sinon l'industrialisation du divertissement, ce que Broch appelait le kitsch, des œuvres visant un public déterminé pour sa satisfaction la plus immédiate, définie au préalable par une étude de marché aussi précise que possible – bref, les normes de la production industrielle entrant dans l'univers de la création.
Je ne peux donc plus me borner à dire : face aux dégâts produits par le Romantisme, revenons aux Lumières. Car nous sommes les héritiers de l'un et des autres : les héritiers de ce qu'ils ont, chacun de grand, mais aussi de l'impasse où chacun nous a mis : le Romantisme, avec le risque d'enfermer les hommes dans leurs appartenances, et les Lumières, avec le triomphe de la raison instrumentale ou de la technique.
C'est pourquoi le reproche que je ferais maintenant – sinon à l'ethnologie comme discipline, du moins à la mentalité ethnologique, à cette sorte d'ethnologisme qui s'est répandu dans notre société–, serait un peu différent de celui que je faisais dans La défaite de la pensée. J'ai l'impression que nous vivons une bizarre inversion. A ses débuts, la vocation propre de l'ethnologie était d'inciter l'Occident à se réveiller du sommeil dogmatique où l'avaient plongé des inventions techniques au nom desquelles il se considérait comme l'avant-garde des civilisations humaines. Voilà que l'ethnologie arrivait, révélant l'extrême complexité de civilisations qui n'ont pas de prouesses techniques à faire valoir, et la richesse (à l'extérieur comme à l'intérieur de l'Occident) de traditions populaires qui ne sont pas passées par le canal obligé de ce que les élites appellent la culture. L'ethnologie montrait donc leur complexité, et elle en portait le regret dans un monde désormais voué à l'uniformisation technique.
Or nous vivons en ce moment – c'est une banalité, mais qui est malheureusement incontournable – le passage d'une civilisation fondée sur l'écrit à une civilisation fondée sur l'image. Régis Debray, dans son Cours de médiologie générale, parle d'un passage de la graphosphère à la vidéosphère. Le monde de la technique nous fait changer d'univers et il banalise ou marginalise non seulement la culture, mais ce support matériel de la culture qu'est l'écrit.
Je constate que, face à un tel phénomène, certains ethnologues et certains intellectuels férus de relativisme culturel sont fort sereins. Cela n'a aucune importance, laissent-ils entendre, puisque eux-mêmes portent le regret des civilisations orales, puisqu'ils savent que tout est historique et que tout change : « Eh bien, oui, une parenthèse alphabétique est en train de se clore, pourquoi pleurer là-dessus, quelle importance, il y a eu d'autres grands moments de l'histoire humaine ! » On voit donc l'ethnologie actuelle, au contraire de ce qu'elle a été dans son impulsion originelle, servir de caution à cette civilisation médiatique qui se met en place : soit au nom de la culture orale avec laquelle nous retrouverions le contact grâce à la technique audiovisuelle, soit au nom du relativisme culturel, qui assure que tout ce qui naît doit mourir, et que toute « pratique » en vaut une autre.
Deux exemples pour illustrer mon propos. Le premier concerne un ethnologue proprement dit, Leach, qui constate qu'on change de monde : no books, but gadgets, et qui dit : « Pourquoi pas ? » On passe de la graphosphère à la vidéosphère, vive la civilisation orale ! L'autre exemple est plutôt significatif de la mentalité ethnologique qui sévit dans le parti intellectuel : ce livre de l'helléniste Florence Dupont, Homère et Dallas, dans lequel, d'un seul coup, le prestige d'Homère est transféré à Dallas. |
| Citation: | Alain Finkielkraut:
Oui, c'est justement ce à quoi je travaille en ce moment, à une évaluation plus positive de la tradition romantique, et je comprends mieux le souci exprimé par Lévi-Strauss de cette universalité face à l'uniformisation des cultures. Tout de même, rien ne saurait me faire oublier le mouvement qui m'a fait écrire La défaite de la pensée, le sentiment d'un grand danger que court aujourd'hui la culture humaniste.
Un exemple : Dans les universités américaines, en ce moment, il y a une discipline à la mode, les Cultural Studies, au nom desquelles le patrimoine de la littérature occidentale est systématiquement malmené. Shakespeare en prend plein la figure, jour après jour, et cet auteur est devenu la cible privilégiée des militants noirs, des tiers-mondistes et des partisans des cultures locales. Dans cette société américaine de plus en plus multi-ethnique, on en vient à récuser ce que l'on appelle le « Canon », la grande tradition des grands auteurs, dont l'étude est obligatoire dans les premières années de l'université qui, comme on sait, font office d'enseignement secondaire aux Etats-Unis. Homère, Dante et Shakespeare sont les boucs émissaires de cet Occident technologique dont on peut constater les ravages – les industries de l'armement, l'expansion d'une civilisation de masse, Dallas universel, etc.
Il faut bien sûr développer une critique de l'Occident, mais sans se tromper de cible. Tout d'abord, il faudrait mener de front cette critique de l'Occident avec celle des autres cultures, car elles ne sont pas en elles-mêmes dépourvues de potentialités oppressives : et le fait que l'Occident accroisse sa propre puissance ne saurait dispenser personne de cet examen. Ensuite, deuxième écueil où ne pas tomber, il ne faudrait pas faire de cette tradition culturelle dont Shakespeare est l'un des emblèmes, la victime expiatoire de ce que le monde de la technique occidentale a apporté. Or c'est très précisément ce qui se fait, aux Etats-Unis, dans ces universités américaines où Shakespeare est mis en pièces tandis que Disneyland prospère et, qu'en l'absence d'Etat-Providence, les inégalités se creusent démesurément.
Peut-être faudrait-il trouver un autre terme que celui de « culture » pour ces œuvres qui ont le mérite, la vertu de nous permettre d'échapper à cette finitude qui est notre lot, notre malheur, notre réalité. C'est ce que dit merveilleusement Soljenitsyne dans le discours qu'il n'a pu prononcer lorsqu'il a reçu le prix Nobel. Il y a là une réflexion sur la littérature, dont les intellectuels tchèques et notamment Patojcka, ont compris l'extraordinaire importance philosophique.
Soljenitsyne part d'une phrase de Dostoïevski, d'une platitude un peu kitsch avant son commentaire : « La beauté sauvera le monde. » Pourquoi donc ? Parce que sans l'Art, sans l'Art qui est la beauté, nous serions livrés, dit Soljenitsyne, à notre propre expérience, nous n'aurions aucune possibilité d'y échapper : notre expérience serait notre loi. La seule chose, selon lui, qui nous fasse comprendre de l'intérieur l'expérience d'un autre et des autres, c'est la littérature : hors d'elle, nous pouvons certes accumuler de l'information, mais non comprendre de l'intérieur. Soljenitsyne pose donc l'existence d'un lieu où les hommes communiquent entre eux par-delà les pratiques culturelles des diverses traditions ou cultures, par-delà la multiplicité des appartenances ; d'un lieu grâce auquel et au travers duquel les hommes peuvent s'arracher à leur appartenance.
Dans La défaite de la pensée, ce que je reprochais à la définition purement ethnographique de la culture, c'était de n'envisager celle-ci qu'en termes de pratiques culturelles, en termes de tradition et de ne faire aucune place à ce lieu de possible arrachement à l'expérience que constitue, par exemple, la littérature. Le nom de culture ayant été confisqué au profit des pratiques culturelles, quel nom alors donner à cette autre tradition, qui est, si j'osais ce paradoxe, une tradition de l'arrachement, et qui s'est inscrite dans les œuvres d'art. C'est cette inquiétude que j'ai tenté d'exprimer dans mon livre, et que je continue d'éprouver. |
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