Dominique Reynié : "Nicolas Sarkozy fait un pari risqué"Propos recueillis par
Chloé Durand-Parenti,
Le Point.
Nicolas Sarkozy a intégré mercredi Philippe de Villiers dans le comité de liaison de la majorité (ici, les deux hommes le 11 juin 2009 à l'Élysée) © Photo by Mehdi Taamallah/ABACAPRESS.COMNicolas Sarkozy a réuni mercredi à l'Élysée la majorité élargie qu'il compte engager dans la bataille des régionales de mars 2010. Et même si des dents ont grincé cet été au sein de l'UMP, le souverainiste, Philippe de Villiers, et le leader des chasseurs, Frédéric Nihous, sont désormais de la partie.
Dominique Reynié, professeur à l'Institut des sciences politiques de Paris et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique, revient pour lepoint.fr sur la stratégie électorale du chef de l'État, ses objectifs et ses implications.
lepoint.fr : L'ouverture toujours plus large de l'UMP, notamment par le ralliement des chefs de file du Mouvement pour la France et de Chasse, Pêche, Nature et Tradition, est-elle dangereuse pour le parti majoritaire ?Dominique Reynié : Ce qui surprend aujourd'hui est quelque chose qui n'a pas surpris hier. Le spectre idéologique rouvert par ces différentes sensibilités n'est pas plus large que lorsque vous avez à la même table le Parti communiste, le Parti socialiste, les écologistes, Marielle de Sarnez, et même José Bové. Déjà, la gauche plurielle - qui n'a pas fonctionné, il convient toutefois de le souligner - était une façon d'organiser des sensibilités politiques très différentes. Ce n'est pas une nouveauté dans la vie politique française.
C'est en revanche assez nouveau à droite. C'est peut-être justement là, l'apport de Nicolas Sarkozy à la droite française. Sa conviction est - il se trompe peut-être - qu'il faut, pour les régionales, rassembler les droites pour maximiser les résultats du premier tour et ainsi avoir plus de chances de gagner au second. Il fait l'hypothèse que la droite unie est, au premier tour, électoralement plus performante que la droite diverse.
N'est-ce pas un pari très risqué ?C'est un pari risqué à deux titres au moins.
D'abord, parce que l'histoire électorale française a pu montrer que la droite, à la différence de la gauche, a parfois intérêt à être diverse au premier tour pour s'unir au second tour. Par le passé, cela lui a permis d'agréger un électorat plus important. Ensuite, parce qu'il est certain que cela favorise le retour du Front national, dans un contexte qui est à mon avis plutôt favorable à cette formation. Certains électeurs des mouvements absorbés, chasseurs et souverainistes, pourraient avoir en effet le sentiment que leur cause est mieux défendue et représentée par le Front national que par l'UMP. Les électeurs peuvent ne pas comprendre ces ralliements et refuser de suivre leur chef de file.
Cela ne contraint-il pas la gauche à se rassembler également ?Bien sûr. D'abord, la gauche électoralement a intérêt - les élections antérieures le montrent - à être unie au premier tour, sans même considérer la situation à droite. C'est ce qui s'est passé en 2002 : la désunion a tué Lionel Jospin. Plus la gauche est divisée, plus elle est faible. Si la droite fait un travail d'union comme celui entamé par Nicolas Sarkozy, alors la nécessité pour la gauche de se rassembler est encore plus forte.
Les ralliements de Philippe de Villiers et de Frédéric Nihous ne donnent-ils pas déjà un coup d'avance à Sarkozy pour la présidentielle de 2012 ?C'est aller bien trop vite. Cela dépend beaucoup des résultats des régionales. Puisque justement ce modèle, l'UMP va l'expérimenter aux régionales. L'idée est d'enlever le maximum de régions à la gauche. Dans telle ou telle région, il faut absolument avoir les chasseurs avec soi, dans d'autres, il faut absolument avoir les électeurs de Philippe de Villiers. C'est un travail de ce type qui a abouti à cette organisation. Et, il est juste d'avoir procédé ainsi, car je pense que la plus grande erreur en politique, c'est bien de se tromper d'élection et de considérer que mars 2010, c'est la présidentielle.