| | | L'Amérique d'Obama : Yes we can ? | |
| | Auteur | Message |
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Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Jeu 22 Oct 2009, 7:32 pm | |
| Premier Afro-Américain candidat à la présidence des États-Unis. Qui se cache derrière ce phénomène politique? René Girard : « La politique d’Obama sera un échec s’il n’est pas réélu » Le philosophe français, qui vit aux États-Unis, est de passage en France pour honorer une chaire d’étude dédiée à son oeuvre au Collège des Bernardins, à Paris. Avec, ce soir, une conférence sur la « Fécondité de la pensée de René Girard pour la théologie ». Et le 30 et 31 octobre, un colloque autour de son récent livre, Achever Clausewitz. LE FIGARO.-L’attribution du prix Nobel de la paix au président Barack Obama peut-elle conjurer la violence et la guerre ? René GIRARD. - Bien sûr que non ! La question serait plutôt de savoir pourquoi le jury a décidé d’attribuer le prix Nobel au président Obama. Ce jury est peut-être irrité par l’attitude d’opposition a priori dont il est l’objet en Amérique. L’opposition américaine se déchaîne d’une manière qui dépasse la mesure et ce Nobel risque de la rendre encore plus furieuse. Surtout, on attend de lui qu’il résolve tous les problèmes du monde avant même d’avoir commencé… Ce prix est tout de même hautement symbolique. Peut-il favoriser la dynamique de paix ? Cette attribution n’est pas forcément très heureuse, car elle n’a pas grand-chose à voir avec le débat américain. Je comprends très bien l’attitude du jury et j’aurais voté dans le même sens, mais je ne pense pas qu’un tel prix puisse aider cette dynamique, car il donne l’impression d’une intervention extérieure dans la politique interne des États-Unis. Ce qu’un jury international ne devrait pas faire. En dehors de ce prix, le président Obama est-il une chance pour la paix mondiale ? Il transforme l’image des États-Unis. Il a montré que l’on peut élire un Noir à la présidence de ce pays. Les États-Unis sont maintenant aux antipodes de l’impression que Bush voulait donner. Obama est sympathique et la majorité le suit. Même si les sondages baissent, son crédit ne s’est pas effondré. Vous avez beaucoup étudié le rôle de l’imitation d’un modèle pour les sociétés : si ni un prix ni un homme ne peuvent rien ou presque, qui peut faire évoluer les choses ? Les choses évoluent, mais beaucoup plus lentement que nous ne le pensons… Il y a surtout un aspect que l’on ne voit pas : Obama est un démocrate modéré. Il est beaucoup plus modéré que Clinton. Clinton aimait bien secouer le cocotier. Obama, pas du tout ! Et il a raison. Il ne doit pas choquer l’opinion américaine sur le registre « vous avez élu un Noir ». Si Mme Clinton avait été élue, les choses ne seraient pas si différentes… Il est aussi correct que possible et il fait très bien. Au fond, les gestes symboliques n’ont pas grand intérêt. On s’est aperçu qu’Obama avait les pieds et les poings liés comme tout président des États-Unis ! On a eu l’impression que les États-Unis s’étaient transformés, mais ils ne le sont pas du tout ! La politique d’Obama sera vraiment un échec si ce dernier n’est pas réélu. Quelles leçons l’anthropologue que vous êtes tire-t-il de la crise mondiale ? C’est aux États-Unis, comme en 1930, qu’elle est le plus sévère. C’est là qu’il y a le plus de chômage. Mais il y a une nette différence de perception entre les gens qui sont frappés par le chômage et les autres. Ceux qui ont un travail ne ressentent guère cette crise. Et c’est la majorité du peuple américain. L’idée d’un marché tout-puissant, régulateur de tout, s’est bel et bien effondrée ? La croyance au marché est une croyance ultrapolitisée. C’est celle des conservateurs, qui font un tapage épouvantable autour du marché, mais la majorité des consommateurs américains n’attendent pas grand chose du marché ! Ils sont éminemment pragmatiques. La seule chose qui pourrait les inquiéter est l’inflation. Beaucoup de gens prédisaient une grosse poussée inflationniste. Elle ne s’est pas produite. L’inflation est tenue en respect parce que les affaires vont mal. Du coup, les choses ne sont pas ressenties par une majorité du peuple américain comme une véritable crise. Cette « crise » n’a donc pas apporté une prise de conscience particulière ? Difficile à dire. Je n’ai pas l’impression que les mentalités aient beaucoup changé. Il y avait peut-être plus d’optimistes en Europe qu’en Amérique. L’économie a bien marché aux États-Unis, mais cela ne représentait pas un changement de mentalité, ou un espoir particulier. C’était la continuation de quelque chose qui était là depuis des années. Pas de rupture historique ? Cela va dépendre de ce qui va se passer. Il est évident que nous n’avons pas affaire à la même crise qu’en 1930. C’est moins grave. On parle même de reprise, et je n’ai pas l’impression d’un accroissement d’inquiétude aux États-Unis. Les gens ont plutôt moins peur qu’il y a six mois. Je vois au contraire un soulagement dû au fait que cette crise n’est pas aussi grave que l’on s’y attendait. Reste l’incertitude, peut-être plus forte que jamais. Doit-on s’habituer à vivre dans l’incertitude ? Comment ne pas vivre sans incertitude… Vous ne cachez pas votre foi catholique : comment avez-vous perçu au long de cette année « l’écroulement » de l’image de Benoît XVI ? Il n’y a pas eu d’écroulement de l’image du Pape. Il donne simplement l’impression de manquer de couleurs à côté de Jean-Paul II. Aux États-Unis, sa visite du printemps 2008 a été un succès. Quant à l’affaire Williamson, le Pape a plutôt été perçu comme la victime et non comme le responsable. Cet évêque s’est conduit de manière déplorable. Mais je suis surpris par l’hostilité dont vous parlez, je n’ai pas vu de signes de cela. Mais d’une mauvaise image du Pape dépend aussi une mauvaise image de l’Église catholique ? On le dit, mais est-ce que c’est vrai ? Je ne suis pas sûr que cela soit vrai. Je vois au contraire le catholicisme se renforcer comme jamais aux États-Unis. L’Église catholique est forcément gagnante de tout ce qui se passe. Si l’on observe par décennies, l’Église catholique est beaucoup plus forte. Ce qui domine la vision du catholicisme en Amérique est qu’il est devenu, et de loin, la première Église américaine au cours du dernier demi-siècle. La plus fidèle aussi et la plus puissante sur le plan politique, car elle représente un électorat considérable : 70 millions de personnes, dont plus d’un tiers va à la messe tous les dimanches ! Les catholiques sont donc davantage « satisfaits » de leur situation. Non qu’elle soit meilleure : les catholiques en Amérique sont généralement d’un milieu plus modeste socialement, qui a moins d’influence, mais ils en ont gagné considérablement ces dernières années. Un des éléments sérieux de ce changement est l’effondrement d’un certain protestantisme bourgeois, chic. Quant aux fondamentalistes, ils sont, en règle générale, de milieux ruraux. L’Amérique est restée très antipapiste jusqu’à une date récente. La grande habitude américaine était d’accuser le pape de vouloir devenir le président des États-Unis ! Cet archaïsme-là est terminé. Pourquoi avez-vous accepté de présider une chaire au Collège des Bernardins ? Le Collège des Bernardins, centre culturel catholique, est quelque chose qui manquait à la ville de Paris. Il a été créé par Mgr Lustiger, un homme que j’admirais beaucoup, et j’ai accepté avec plaisir. On y fait du très bon travail, dont les effets vont se faire sentir de plus en plus. Un travail peu marqué par les idéologies et qui est à la fois spirituel, intellectuel et religieux. Il me semble que c’est ce qu’il faut faire.  |
|  | | Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Lun 02 Nov 2009, 11:28 pm | |
| Les journalistes français sont parfois des crétins, j'avais lu dans le journal sensé être de droite (Le Figaro) qu'Obama est l'homme américain qui fait a appel à la coopération alors que ce sont plutôt les adversaires d'Obama qui en parlent. On dit aussi qu'Obama se démarquer très fortement de la politique de George W. Bush, alors que sur beaucoup de fronts, il n'a pas changé de cap. On dit que l'effet Obama atténue l'antiaméricanisme parce que l'élection d'Obama a semblé démentir quelques uns des stéréotypes antiaméricains les plus enracinés, à savoir la vie politique dominée par l'argent et contrôlée par une oligarchie. Mais dit donc, c'est le candidat Obama qui a disposé d'un trésor de guerre beaucoup plus important que son adversaire républicain ; financé par les plus gros mafieux et par la ville la plus mafieuse : Chicago. Espérons qu'il finisse comme Wilson ! Les conservateurs sont déjà de plus en plus nombreux lui reprochant d'être que dans les mots et dans la gloire (Nobel, voir l'article juste au dessus), pas dans les actes. La fameuse bonne impression donnée par Obama l'emporte en fait sur les rapports et représentations de fond, fond évidemment navrant ; mais cela ne va durer, le peuple américain n'est pas dupe. Même lorsqu'on lui dit que le fait d'être contre Obama, c'est du racisme. Espérons qu'il finisse comme Wilson !  |
|  | | Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Mer 04 Nov 2009, 10:59 am | |
| Barack Obama subit deux camouflets des républicainsPublié le 04/11/2009 à 07:54 - Modifié le 04/11/2009 à 09:40 Le Point.frAvec AFP À la veille du premier anniversaire de son élection triomphale à la présidence des États-Unis, Barack Obama a été confronté à une journée électorale difficile. Les républicains ont conquis les postes de gouverneurs de Virginie et du New Jersey. Soucieux de réduire l'impact de ces consultations, le porte-parole de la Maison-Blanche Robert Gibbs a déclaré mardi qu'elles n'avaient pas beaucoup d'importance. "Je ne pense pas que le président croie que ces consultations soient vraiment significatives pour l'avenir", a déclaré Robert Gibbs. Ces résultats ne changent pas l'équilibre du pouvoir à Washington, mais sont interprétés comme un changement de cap de l'électorat. Obama s'était impliquéBarack Obama s'était personnellement impliqué dans la campagne. Dans le New Jersey, bastion démocrate où le président s'était rendu dimanche pour la seconde fois en quelques semaines pour soutenir le gouverneur sortant Jon Corzine, le républicain Chris Christie, ancien procureur, a remporté la bataille avec 49 % des voix contre 44 % à Corzine. Les deux hommes étaient au coude à coude dans les sondages. Le président américain avait également fait campagne en Virginie, un fief conservateur conquis pour la première fois par les démocrates l'an dernier, mais la victoire, conformément aux sondages, est allée au républicain Bob McDonnell, élu gouverneur avec une large avance sur le démocrate Creigh Deeds. Les partis républicain et démocrate suivaient également avec attention le déroulement du scrutin dans une petite circonscription du nord de l'État de New York : un siège vacant à la Chambre des représentants doit être pourvu, et la lutte entre un démocrate et un candidat très conservateur pourrait fournir un signal aux stratèges républicains. Les résultats ne sont pas encore connus. |
|  | | Alceste
AgEs Assertion de l'Être


Nombre de messages: 1883 Localisation: Nouvelle-Angoulême Date d'inscription: 23/09/2004
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Mer 04 Nov 2009, 11:01 am | |
| Par contre le scrutin législatif du Nord de l'Etat de NY a hélàs été remporté par le candidat démocrate. _________________ <div align="center">  ۞Aurore de l'être, lumière du monde, sans pause sans relâche, ton jour surgit malgré la tristesse entrope & la consumme.۞</div> |
|  | | Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Mer 04 Nov 2009, 11:04 am | |
| Hé! hé ! hé ! je me réjouis qu'il ne donne plus l'image de surhomme. | Alceste a écrit: | Par contre le scrutin législatif du Nord de l'Etat de NY a hélàs été remporté par le candidat démocrate. |
Le 23e district de l'État de New York (si c'est celui dont tu parles) était plus important que les autres ?
| Le Monde a écrit: | | A New York, le milliardaire Michael Bloomberg, 67 ans, a été réélu maire pour un troisième mandat de quatre ans. Crédité d'une avance de 18 points il y a deux semaines, cette marge s'est rétrécie à 12 points lundi et s'est réduite à un seul point au milieu du décompte des voix mardi soir, le plaçant pour quelque temps à 49 % contre 48 % à son rival démocrate, Bill Thompson. Il l'a finalement battu par 51 % contre 46 % des voix, au terme d'une consultation qui aura peu motivé les électeurs. |
Tu en penses quoi de lui ?
Dernière édition par Otton Wann le Mer 04 Nov 2009, 12:00 pm, édité 1 fois |
|  | | Alceste
AgEs Assertion de l'Être


Nombre de messages: 1883 Localisation: Nouvelle-Angoulême Date d'inscription: 23/09/2004
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Mer 04 Nov 2009, 11:15 am | |
| L'élection du 23ème district était importante parce qu'il y avait à la base trois candidats : un candidat démocrate, une candidate républicaine mais pourtant très à gauche, et un candidat conservateur qui, si élu, allait siéger avec les républicains à l'Assemblée. Vu qu'elle n'arrivait plus à lever des fonds pour sa campagne, et qu'elle était tombée troisième dans les sondages, la candidate officielle, après que plusieurs grands noms du Parti Républicain et assimilés (Sarah Palin, Fred Thompson, Rush Limbaugh, Sean Hannity...) ait affirmé soutenir le candidat conservateur, a suspendu sa campagne... puis à appelé à voter pour le candidat démocrate ! Si le candidat conservateur avait gagné, ça aurait été un coup de semonce pour le parti républicain, et ça l'aurait poussé à cesser de présenter des candidats trop centristes, voire gauchisants (des "RINOs", comme on dit : "Republicains In Name Only" - "républicains seulement de nom"). Bloomberg est un maire relativement compétent, je pense. Quand à sa réélection, la marge est plus mince que prévue - d'autant plus qu'il a dépensé énormément plus d'argent dans la campagne que son conccurent (mais pas mal de gens ont très moyennement apprécié qu'il change la loi électorale pour pouvoir briguer un troisième mandat). _________________ <div align="center">  ۞Aurore de l'être, lumière du monde, sans pause sans relâche, ton jour surgit malgré la tristesse entrope & la consumme.۞</div> |
|  | | Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Mer 04 Nov 2009, 8:07 pm | |
| | Alceste a écrit: | | Bloomberg est un maire relativement compétent, je pense. Quand à sa réélection, la marge est plus mince que prévue - d'autant plus qu'il a dépensé énormément plus d'argent dans la campagne que son conccurent (mais pas mal de gens ont très moyennement apprécié qu'il change la loi électorale pour pouvoir briguer un troisième mandat). |
J'ai vu ça. Il parait qu'il a fait baisser la criminalité de l'ordre de 20 % (comment ?) et fait augmenter l'espérance de vie. C'est peut-être lui qui est à l'origine des rénovations des ghettos noirs. Ceci dit, à New-York il doit avoir moins de population noir si j'ai bien compris et peut-être plus de populations riches (cela peut-être très bien de riches noirs). Enfin, c'est mon point de vue. Je ne suis pas trop calé de ce côté là. |
|  | | Nico de Paris Prince

Nombre de messages: 428 Localisation: Paris Date d'inscription: 28/03/2009
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Ven 06 Nov 2009, 1:09 am | |
| C'est super bien obama ====>>> il va prouver que les noirs ont certains problèmes avec les métiers à responsabilité.  _________________ BLEU BLANC ROUGE
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|  | | Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: L'Amérique d'Obama : Yes we can ? Sam 21 Nov 2009, 1:26 am | |
| R. Steuckers: entretien-éclair sur l'actualitéSYNERGIES EUROPEENNES – Ecole des cadres – Bruxelles – novembre 2008 Propos recueillis par Dimitri Severens Q.: Obama vient d’être élu président des Etats-Unis. Son mandat apportera-t-il le changement escompté par les électeurs américains et espéré par la majorité des Européens, lassés par l’unilatéralisme des “néo-cons” qui ont colonisé le Parti Républicain au pouvoir depuis huit ans ?RS: L’hebdomadaire “Marianne”, de Paris, a récemment publié une double page qui nous enseigne de manière très didactique ce qu’Obama a vraisemblablement l’intention de faire. Les Démocrates américains et les “think tanks” qui se profilent derrière eux semblent parier, et c’est inquiétant pour nous Européens, sur un rapprochement avec la Chine, un rapprochement que la crise financière rend quasi inéluctable. Il est plus que probable que nous affronterons bientôt un tandem sino-américain, expression d’un voeu très ancien qui remonte déjà à 1848, quand, après la défaite du Mexique, les Etats-Unis devenaient une puissance pleinement bio-océanique, avec une façade atlantique face à la Vieille Europe, et une façade pacifique, face à un Japon encore plongé dans son isolement et une Chine en plein déclin, après les guerres de l’opium que lui avaient livrées la France et l’Angleterre. L’espoir américain, en ce milieu du 19ème siècle, était de coloniser indirectement cet immense marché chinois comptant déjà des millions de consommateurs potentiels. L’émergence de ce tandem sino-américain, nous pouvons le pronostiquer en repérant le retour au pouvoir des “Clinton Boys” et surtout, celui, en coulisses, de Zbigniew Brzezinski. N’oublions pas, tout de même, que sa politique, depuis plus d’une trentaine d’années, vise avant toute chose à endiguer la Russie (et hier l’Union Soviétique), jugée ennemi absolu, et que, pour parfaire cet endiguement, il faut immanquablement se concilier la Chine. C’était d’ailleurs la raison qui avait poussé Kissinger et Nixon, en 1971 et 1972, à renouer avec Pékin, un épisode de l’histoire contemporaine dont on a oublié quelque peu les tenants et aboutissants. Un tandem sino-américain, renforcé par l’alliance complémentaire de tous les turcophones selon une autre stratégie suggérée par Brzezinski, impliquerait, par voie de conséquence, la satellisation escomptée, mais non pour autant garantie, du Kazakhstan. Cette stratégie générale, dont le pilier est justement le tandem sino-américain, permet d’occuper et de neutraliser au bénéfice de Washington, toute l’Asie centrale, tout le “coeur du monde” (selon la terminologie de Sir Halford John Mackinder). Nous aboutirions ainsi à la concrétisation du fameux “mongolisme” géopolitique, cher à Brzezinski, permettant d’installer un gigantesque verrou territorial de l’Egée au Pacifique. L’Europe occidentale et centrale, son coeur germanique et danubien, serait bloquée au niveau des Balkans et de la Méditerranée orientale, comme le voulait la stratégie de l’équipe Clinton-Albright, lors de la guerre contre la Serbie. La Russie, elle, serait bloquée et endiguée du Caucase au fleuve Amour, comme l’a toujours voulu la stratégie d’endiguement mise au point par Mackinder et Homer Lea dans la première décennie du 20ème siècle, deux classiques qu’il est bon d’avoir pour livres de chevet, faute de parler dans le vide. Ce verrou de l’Egée à l’Amour a bien entendu pour objectif de limiter au maximum le contact terrestre entre la Russie et l’Iran, soit à le limiter aux seules côtes de la Caspienne, gardées, s’il le faut par de tierces puissances turcophones comme l’Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Kazakhstan (qui n’ont pas répondu au chant des sirènes américaines jusqu’ici…). Autre objectif, déjà mis en oeuvre lors des guerres menées par l’Empire britannique en Afghanistan dans les années 40 du 19ème siècle: empêcher toute liaison terrestre entre l’Inde et la Russie, de façon à détacher, aujourd’hui, l’Inde de son hinterland continental et de l’inféoder, en tant que “rimland” et immense marché potentiel, à la thalassocratie américaine dominante. Cette stratégie risque évidemment de trouver sa pierre d’achoppement dans la rivalité sino-indienne pour le Tibet et dans la nécessité vitale, pour la Chine, de capter l’eau des réserves phréatiques tibétaines, le cas échéant en détournant les eaux des fleuves, notamment celles du Brahmapoutre. La diplomatie américaine devra déployer des trésors d’ingéniosité pour aplanir ce contentieux et pour aligner l’Inde sur sa politique. Déjà quelques signaux, en apparence anodins, annoncent que l’on va lâcher le Tibet: notamment, cette semaine, un article du “Time” déplore l’émiettement de l’opposition tibétaine qui, du coup, ne vaut plus qu’on la soutienne. Comme les néo-cons de l’équipe Bush, les nouveaux conseillers d’Obama veulent, eux aussi, et avec une égale opiniâtreté, inclure l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN. L’adhésion de l’Ukraine correspond à la stratégie générale préconisée depuis toujours par Brzezinski et au pari de l’équipe Bush jr sur la “Nouvelle Europe”. En effet, l’inféodation définitive de l’Ukraine, avec ou sans la Crimée, avec ou sans ses provinces orientales russophones et russophiles, permet, de concert avec une réactivation du tandem turco-américain dans la région pontique, de concentrer tous les atouts de l’ancienne géopolitique ottomane dans la région et de conjuguer ceux-ci à une réactualisation du projet de ‘Cordon sanitaire” de Mackinder et Curzon. Les pays Baltes, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie et, dans une moindre mesure, la Bulgarie, sans compter les micro-puissances musulmanes des Balkans, se verraient ajoutés à un bloc anatolien solide en Méditerranée orientale et surplombant la Mésopotamie. Ce bloc séparerait la “Vieille Europe” de la Russie et, joint à une alliance “turcophone” en Asie centrale, à la Mongolie et à la Chine permettrait de créer un espace correspondant plus ou moins à l’ensemble des conquêtes mongoles au moment de leur extension maximale. La présence, sur la masse continentale eurasienne, d’un verrou d’une telle ampleur, empêcherait toute coopération entre les empires structurés, reposant sur la stabilité sédentaire (et non plus sur la non durabilité nomade), disséminés sur ce grand continent qu’est le “Vieux monde” ou “l’hémisphère oriental”. Face à ce projet, qui a gardé toute sa cohérence de Mackinder à Brzezinski, donc sur un très long terme, l’Europe, expliquent de concert “The Economist”, “Time” et “Newsweek” n’a pas une politique qui tienne la route. On l’a bien vu lors de la “Guerre d’août” en Géorgie: Merkel avait émis au printemps de fortes réticences quant à l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN; après la victoire des troupes russes, elle déclare à Tbilissi qu’elle est en faveur de cette adhésion, pour répéter son “Nein” initial vers le milieu de l’automne. Nous l’avons toujours dit: le personnel politique européen aurait dû, depuis longtemps, depuis le rapprochement sino-américain de 1971-72 et depuis le retour en force de la pensée géopolitique avec Colin S. Gray aux Etats-Unis juste avant l’avènement de Reagan, apprendre à jongler avec les concepts de cette discipline à facettes multiples et surtout à redécouvrir les linéaments de la géopolitique européenne, théorisée par Haushofer et ses collaborateurs. Rien de cela n’a été fait donc l’Europe en est à cultiver des espoirs stupides et niais face à l’avènement d’une nouvelle équipe au pouvoir à Washington, qui serait parée de toutes les vertus, tout simplement parce qu’elle est “démocrate”. Q.: Et la crise financière dans tout cela? Ne va-t-elle pas freiner les appétits impérialistes de la grande thalassocratie d’Outre-Atlantique? Ne va-t-elle pas plonger le monde dans l’immobilisme, faute de moyens ?RS: La plus belle analyse de la situation a été posée Niall Ferguson, historien britannique et professeur à Harvard, dans l’entretien qu’il a accordé à l’hebdomadaire allemand “Der Spiegel” (n°46/2008) et que nous avons commenté lors d’une réunion récente de l’école des cadres de “Synergies Européennes” à Bruxelles et à Liège. La crise, dit-il, lors de ses prochaines retombées, va frapper plus durement l’Europe que les Etats-Unis. Quant aux pays contestataires et producteurs de pétrole, tels la Russie, l’Iran et le Venezuela, qui envisageaient de faire front à l’unilatéralisme américain de l’équipe Bush, ils risquent d’être les victimes de la chute des prix du pétrole. La crise permet donc de disloquer la cohésion de ce nouveau front. Ensuite, Ferguson démontre la communauté d’intérêt entre la Chine et les Etats-Unis: la Chine a des dollars, rappelle-t-il, dont les Américains ont besoin pour se renflouer, et les Etats-Unis sont un marché dont les Chinois ne peuvent plus se passer. L’équipe derrière Obama semble l’avoir compris. C’est la raison pour laquelle Ferguson estime que les Etats-Unis risquent bien de sortir vainqueurs de la crise, en perdant certes quelques plumes, mais beaucoup moins que leurs concurrents européens. Et le tour serait joué! Le programme restera le même, sur le fond: encerclement de la Russie, endiguement (surtout économique) de l’Europe, mais sans plus heurter de front les musulmans et les Chinois. En effet, on reprochait à Bush d’avoir sérieusement abîmé la vieille alliance entre la Turquie et les Etats-Unis, d’avoir perdu énormément de crédit au Pakistan et d’avoir déplu aux masses arabes, tous pays confondus. La politique anti-chinoise générant, dans un tel contexte, une inimitié de trop, difficile à gérer. L’Europe entrera dans une phase d’affaiblissement et de ressac parce que l’équipe d’Obama, comme celle de Bush avant lui, excitera la “Nouvelle Europe” du nouveau “Cordon sanitaire” à la Curzon, contre la “Vieille Europe” plus favorable à un rapprochement avec la Russie, conflit interne à l’Europe qui ruinera les efforts d’intégration européenne entrepris depuis plusieurs décennies. Cette politique générale d’endiguement et d’affaiblissement téléguidé se fera par le biais d’une alliance Etats-Unis/Chine/monde musulman wahhabite-sunnite comme au temps de Clinton. Car la même équipe revient aux affaires, surtout Madeleine Albright et Brzezinski. Les Etats-Unis, avec la crise, ne peuvent plus se permettre d’entretenir la quadruple hostilité qu’avait soulevée contre l’Amérique l’équipe sortante de Bush: hostilité à l’islam en général (même si cette hostilité était plus “fabriquée” par les médias que réelle), à la Chine, à la Russie et à la “Vieille Europe”, à qui on interdisait toute diplomatie internationale indépendante et conforme à ses intérêts propres. La géostratégie néo-conservatrice avait trouvé ses limites: elle s’était fait trop d’ennemis et perdait de ce fait de la marge de manoeuvre. Les démocrates vont se choisir des alliés et tabler sur les atouts sentimentaux que fait naître un président métis pour séduire l’Afrique, que Washington veut arracher à l’influence européenne depuis la seconde guerre mondiale, et pour mieux faire accepter les politiques américaines dans le monde musulman, malgré les réticences déjà observables suite à la nomination de Rahm Emanuel comme secrétaire général de la Maison Blanche; en Turquie, on prépare, semble-t-il, la succession d’Erdogan, qui a branlé dans le manche, en poussant en avant un homme formé aux Etats-Unis, un islamiste dit “modéré”: Numan Kurtulmus. L’avenir nous dira si cet économiste prendra le relais de l’équipe de l’AKP ou non à Ankara. Au Pakistan, les tentatives de se concilier à nouveau le pouvoir à Islamabad heurtent les Indiens, surtout après la nomination d’Ahmed Rashid et de Shuja Nawaz, tous deux d’origine pakistanaise, dans l’équipe du Général Petraeus en Afghanistan. L’électorat démocrate est plus varié, sur les plans religieux et idéologique, que l’électorat républicain, où les sectes protestantes, presbytériennes et puritaines, donnent irrémédiablement le ton, mais dont les idées ne sont guère exportables, tant elles paraissent étranges au reste du monde et rebutent. L’avenir pour l’Europe n’est pas plus rose avec Obama que sous Bush. Tout porte même à penser que ce sera pire: la cohésion intellectuelle de la géopolitique de Brzezinski est bien plus redoutable que l’affrontement tous azimuts préconisé par la géopolitique offensive et unilatéraliste des néo-conservateurs, dénoncée dans “Foreign Affairs” comme “entravant tout raisonnement stratégique solide”. Pour nous, le combat doit continuer, pour rétablir le bloc euro-russe et, ainsi, une cohésion qui doit rappeler celle de la “Pentarchie” européenne du début du 19ème siècle. |
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