| | | Décès de personnalités notables (retranscriptions de nécrologies) | |
| | Auteur | Message |
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Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Décès de personnalités notables (retranscriptions de nécrologies) Ven 23 Oct 2009, 6:40 pm | |
| | Citation: | Décès de Pierre Chaunu
Ici
Nous apprenons la mort de Pierre Chaunu dans la nuit du 22 au 23 octobre. Il est mort chez lui à Caen des suites d’une mauvaise chute il y a quelques jours.
Nommé en 1970 professeur d'histoire moderne à Paris IV-Sorbonne, Pierre Chaunu a été élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1982 (section Histoire et Géographie), au fauteuil de Maurice Baumont.
Il a longtemps animé l'émission hebdomadaire Le Livre du Jour sur Radio Courtoisie. Il avait mis en garde l'Europe contre son suicide démographique. |
| Citation: | Pierre Chaunu Ici
Nous apprenons la mort de Pierre Chaunu dans la nuit du 22 au 23 octobre. Il est mort chez lui à Caen des suites d’une mauvaise chute il y a quelques jours. Il était notre ami et nous avons de très nombreux et très beaux souvenirs avec lui. Nous présentons nos condoléances à son épouse et à ses enfants et plus particulièrement à Jean et Emmanuel que nous connaissons depuis longtemps.
Suite... (En attendant mieux, voici la Chronique de Gérard Leclerc parue le 25 septembre dernier dans France Catholique. (A lire)) |
| Citation: | L’historien Pierre Chaunu est décédé à Caen, cette nuit
Ici
Professeur d’histoire moderne à l’Université de Caen (1962-1970) puis à la Sorbonne, Pierre Chaunu, 86 ans, est décédé cette nuit à Caen. Grande figure de l’école historique française, précurseur de l’Histoire quantitative, Pierre Chaunu s’est fait connaître du grand public par ses cris d’alarmes répétés sur le déclin démographique de l’Occident, en particulier avec son livre « La peste blanche » paru en 1976. Prédicateur laïc au temple protestant de Courseulles-sur-Mer (Calvados), Pierre Chaunu était père de six enfants, dont le dessinateur Emmanuel Chaunu, qui collabore à « Ouest-France ». |
| Citation: | Disparition de l'historien Pierre Chaunu: la Vendée perd un ami
Ici
Le grand historien est décédé dans la nuit du 22 au 23 octobre 2009. Artisan de la création du Centre vendéen de recherches historiques, Pierre Chaunu a contribué à rendre à la Vendée sa juste place dans le patrimoine historique de la France.
Le grand historien est décédé dans la nuit du 22 au 23 octobre 2009. Artisan de la création du Centre vendéen de recherches historiques, Pierre Chaunu a contribué à rendre à la Vendée sa juste place dans le patrimoine historique de la France. Disparition de l'historien Pierre Chaunu: la Vendée perd un ami
« Avec la disparition de Pierre Chaunu, la France vient de perdre l’un de ses enfants les plus talentueux et la Vendée perd un ami » vient de communiquer le Président du Conseil Général de la Vendée Philippe de Villiers au lendemain du décès de l’historien. Âgé de 86 ans, cette grande figure de l'histoire française est décédée dans la nuit du 22 au 23 octobre 2009. Professeur d'histoire moderne à l'université de Caen, nommé en 1970 professeur d'histoire moderne à la Sorbonne, il fut ensuite membre de l'Académie des sciences morales et politiques à partir de janvier 1982 (section Histoire et Géographie).
Auteur de près d’une trentaine d’ouvrages, Pierre Chaunu s’est fait principalement connaître du grand public à travers ses cris d'alarme concernant la démographie européenne.
« Si, avec la disparition de Pierre Chaunu, la recherche historique mondiale est privée d’un serviteur fécond et rigoureux, la Vendée perd un ami qui avait mis sa compétence et sa notoriété au service de la réhabilitation de la Vendée aux yeux de l’Histoire » confie Philippe de Villiers.
« Cet esprit libre et indépendant n’avait pas admis que, au bout de deux siècles, l’histoire de la Vendée reste dénaturée et caricaturée, que les épreuves subies restent ignorées et méprisées. » En avril 1993, l’historien de renom avait été en effet l’un des artisans du colloque du bicentenaire tenu à la Roche-sur-Yon : « La Vendée dans l’histoire », qu’il avait coprésidé avec François Furet. Parrain scientifique du colloque, Pierre Chaunu indiquait dans son message d’ouverture: « Notre objectif est scientifique. Ce que nous voulons dégager, c’est une vérité modeste, mais incontestable : l’ensemble des erreurs et l’agression qui ont fait dans l’Ouest il y a deux siècles, entre 250 et 300 000 morts inutiles. Cette agression et cette série d’erreurs appartiennent aux zones que, dans notre histoire, on a trop longtemps laissées dans l’ombre. Ici nous avons choisi la lumière, je dis bien la lumière, et pas la haine ni la rancune ». Trois ans plus tard, lors du nouveau colloque "La Vendée après la Terreur, la reconstruction", l’historien n’hésitait pas affirmer : "..., je reprends donc l'expression de génocide franco-français pour la Vendée. (...) on ne peut admettre que la qualification tellement avisée d'un crime soit remise en cause en fonction de la seule appartenance des victimes et des criminels. Pour les 180.000 victimes, mais aussi pour les criminels 'républicains'. 'Républicains' : est-ce suffisant pour être exemptés de tout soupçon?" « Pierre Chaunu a contribué à rendre aux Vendéens la fierté de leur passé et du sacrifice de leurs ancêtres, et à la Vendée sa juste place dans le patrimoine historique de la France » conclu Philippe de Villiers. |
Il est l'une des grandes figures françaises de l'histoire quantitative, et de l'Amérique Latine. Parmi ses ouvrages, j'ai plus ou moins lu Séville et l'Amérique aux XVIe et XVIIIe siècles, et Colomb ou la logique de l'imprévisible. Il a longtemps animé l'émission hebdomadaire Livre du Jour sur Radio Courtoisie.
On peut l'entendre sur cette vidéo :
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EDIT :
| Citation: | Hommage La mort de Pierre Chaunu
Ici
23 octobre 2009 | Xavier Walter
Pierre Chaunu vient de mourir. Il avait quatre-vingt-six ans. Un après-midi de l’hiver 2001, il nous avait reçus, Philippe de Saint-Germain et moi, à l’Institut. Selon son usage, il était arrivé avant nous et nous attendait dehors. Avec courtoisie, douceur presque, il nous a dit le plaisir qu’il avait à nous recevoir et à parler avec nous.
– Parler, oui, mais de quoi ?
– Mais parler de vous, cher Pierre, de votre vie, de vos ouvrages, de vos idées, de vos projets…
Je connaissais alors Pierre Chaunu depuis vingt ans ; nous nous étions rencontrés chez Alain Peyrefitte, au début des années quatre-vingt, quand nous envisagions au sein d’un aréopage de notoriétés dont je n’étais pas, les moyens de lutter contre François Mitterrand et la mainmise du Parti socialiste sur l’État. Pierre Chaunu s’était pris de sympathie pour moi : « Je vous aime bien », répétait-il quand je le remerciais des services qu’il me rendait : m’inviter à Radio-Courtoisie, faire un papier sur mon John Barrow, préfacer mon Mandeville…
Je lui dois d’avoir rencontré des personnalités de grande qualité dont certaines sont devenues de vrais amis. Il était « comme ça », Pierre, le cœur sur la main, parlant de tout avec le plus grand naturel et une capacité de passer, par association d’idées, d’un sujet à un autre qui pouvait désorienter le non-initié.
Peyrefitte avait une formule qui donnera une idée de sa culture. Ignorions-nous, lui et moi, quelque chose, il me disait : « Je demanderai à Chaunu », ou « Appelez donc Chaunu, il sait tout ».
Ce qu’il nous dit en 2001, sa faconde m’en avait déjà largement informé ! « Né en 1923, le 17 août, à la lisière extrême de la zone des combats, dans une maison fraîchement relevée de ses ruines, au milieu d’un paysage lunaire – ce cadre a pesé sur mon destin et sur cette place que tiennent dans ma carrière d’historien la vie, la mort, la foi – entendez la quête du sens. »
Fils de France
Il répétait volontiers comme il était le fils du nord-est de la France et du sud-lorrain et corrézien. « Deux mondes, mais à l’image de la France ! » France, en qui, tel de Gaulle, il voyait « une personne » :
« La France est une personne et le mystère d’une personnalité collective n’est pas plus épais que celui des personnages que nous formons à partir de notre être biologique… Bien sûr, la France est héritage, mélange de lignées – comme moi, comme vous – lignées biologique et culturelle ! »
Cet héritage, biologique et culturel, Pierre Chaunu aimait à répéter qu’il est indissociable du sacré, lequel, depuis le Berechit, premier mot de la Bible, voue l’homme au « plan divin » dont notre France moderniste, républicaine et libertaire, laïque en même temps qu’autoritaire et totalisante, paraît avoir divorcé ! Lui parliez-vous de la liberté de parole en France, Pierre répondait du tac au tac : « On était bien plus libre sous Louis XV et Louis XVI que sous l’actuelle Ve République ! »
Cet homme de bonté portait des jugements sévères, cet apparent optimiste nous voyait un avenir noir.
Ses études démographiques en étaient cause, qui dès les années 1970 étaient devenues son cheval de bataille.
« La vérité en matière démographique, comme en histoire, n’est pas bonne à dire, et en la matière, je n’ai qu’une déception, la plus cruelle : ne pas m’être trompé. Des cataclysmes se préparent, avant le grand cataclysme à l’horizon du XXIIIe ou XXIVe siècles. Voyez les tableaux de mon dernier bouquin, La Femme et Dieu (Fayard, 2001) … Comme disait Sauvy, j’ai cherché à prévoir, pour ne pas voir. Mais je crois que je suis arrivé trop tôt : on n’a jamais raison à contretemps.
Les démographes (pas ceux de l’Insee que paie le gouvernement) – tous les vrais démographes savent, comme moi, que ce que nous vivons est sans précédent, que rien ne permet encore d’entrevoir le bout du tunnel et que ceux qui n’ont pas un bœuf sur la langue s’exposent à de sérieux désagréments.
Il faut feinter pour parler, comme l’a fait Dupâquier, historien et authentique savant ; user d’humour, blaguer sur les certitudes prolétariennes de Lyssenko, pour laisser apparaître, à contre-jour, quelques avertissements ! On ne lit pas l’avenir dans le marc de café, on le lit dans les colonnes de l’état-civil. Répudié l’état-civil ! Trop contraire à la très paisible idéologie libertaire du plaisir (devenue, comme dit Updike : tyrannie du plaisir)… Dieu sait à qui le crime profite ! »
Fils de Dieu
Quelle religion, Pierre Chaunu ?
« Baptême catholique, suivi d’une instruction religieuse sérieuse : primaire et secondaire, dans la France civilisée, je veux dire : concordataire, où il était naturel qu’une enfant reçût une éducation religieuse, même à l’école communale. Ma mère avait été très pieuse ; je ne l’ai pas connue. La tante qui m’a élevée l’était sans doute aussi, j’allais au catéchisme, à l’aumônerie du lycée ensuite. Vers quinze ans, j’ai quitté Metz, la France concordataire et l’instruction religieuse. J’ai erré quelques années, sans problèmes de conscience bien graves. Mais cette formation messine m’a été d’un grand secours, un peu plus tard…
Pourquoi le luthéranisme ? Naturellement et dans la ligne de la formation reçue à Metz, quand j’ai rencontré ma femme qui était de famille à la fois catholique et protestante. Vers trente ans, j’ai demandé à entrer dans l’Église réformée. Luther m’était apparu merveilleusement humain, en rupture avec une certaine rigueur que j’avais subie. Il se rattache à la devotio moderna, la lecture personnelle, mais aussi à saint Bernard ! »
Ce protestant qui disait couramment « Notre Saint Père le pape », que d’aucuns voyaient plus catholique que bien des évêques, expliquait :
« “Nous ne devons pas mettre notre espoir en nous, mais en Dieu. C’est uniquement dans les plaies du Christ qu’on peut trouver la sécurité”, dit saint Bernard. C’est la contemplation de la Croix, sans la hantise du jugement, avec la certitude qu’elle est pleinement suffisante. Or, ce que dit saint Bernard, un peu en incidente, conduit au point central de la doctrine de Luther, la grande illumination salvatrice formulée en 1515 : “Le chrétien est par la foi toujours simultanément pécheur, juste et pénitent.” La formule est au centre des 95 thèses, où elle s’affirme dès les premières lignes : “En disant : Faites pénitence, Notre Seigneur et Maître Jésus Christ a voulu que toute la vie des fidèles soit une pénitence.”
Tout au long des écrits de Luther, et bientôt sur un pied d’égalité, les trois termes peccator, justus et penitens en marquent clairement la filiation bernardienne ! Domine, non sum dignus, et la Grâce salvatrice intervient. Je suis sauvé ! Et vous… Mais, attention, ce n’est pas une vie de mortifications : rien à voir avec le jansénisme ! L’angoisse du salut a été le moteur de la réforme luthérienne, dont le levier est le sola fide. Par cette “foi seule”, entendez la gratuité, la grâce en langage canonique, dans les rapports de l’homme à son Dieu qui se fait connaître au cœur… Sola fide libère de l’angoisse du salut. »
Anecdote : en 1992, le cardinal Ratzinger est reçu comme membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques. Après la réception, il bavarde avec ses pairs, dont Pierre Chaunu. Est abordé le sujet de la Vierge Marie, Pierre tient tête au cardinal qui finit par lui dire :
– Mais, cher professeur, vous êtes plus catholique que moi !
Dieu ait votre âme, cher Pierre. |
| Citation: | Mort de l'historien Pierre Chaunu
LEMONDE.FR avec AFP | 24.10.09 | 09h43 • Mis à jour le 24.10.09 | 12h05
L'historien Pierre Chaunu, l'une des grandes figures de l'école historique française, est décédé jeudi soir à son domicile de Caen, à l'âge de 86 ans. Ancien professeur d'histoire moderne à la Sorbonne, Pierre Chaunu était l'un des fondateurs de l'histoire quantitative. Cette approche s'appuie sur les mathématiques et les statistiques et utilise l'économie et la démographie pour analyser les évolutions historiques. Le grand public le connaissait surtout pour ses cris d'alarme concernant la démographie européenne. Spécialiste de l'Amérique espagnole et de l'histoire sociale et religieuse de la France des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle, il est l'auteur de plusieurs dizaines de livres.
Né le 17 août 1923 à Belleville (Meuse), "à la lisière du champ de bataille de Verdun", selon ses propres termes, agrégé d'histoire et docteur ès lettres, Pierre Chaunu a commencé sa carrière comme professeur au lycée de Bar-le-Duc en 1947. Membre de l'école des hautes études hispaniques, il séjourne à Madrid et à Séville jusqu'en 1951. A son retour en France, il est professeur au lycée Michelet de Vanves (1951-1956) avant de poursuivre sa carrière à l'Université. Entre 1956 et 1959, Pierre Chaunu est chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris et attaché de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). La publication de sa thèse monumentale - en douze volumes - sur "Séville et l'Atlantique (1504-1650)", de 1955 à 1960, marque un tournant dans la recherche en histoire.
Devenu professeur à l'Université de Caen, Pierre Chaunu y fonde en 1966 le Centre de recherches d'histoire quantitative. "Les graphiques des naissances me paraissent plus sûrement annonciateurs que les tendances réunies du Dow Jones, du Nikkeï et du Cac 40 ; et les réflexions et représentations sur l'au-delà de la mort, plus opérationnelles que la lutte dite des classes et le cours du Brent à Rotterdam", expliquait-il. Désigné professeur d'histoire moderne à l'Université Paris IV-Sorbonne en 1971, il y enseignera jusqu'à sa retraite.
Pierre Chaunu a par ailleurs joué un rôle important dans les instances du CNRS. Il était membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 1982 et du Haut Conseil à l'intégration depuis 1994. Auteur prolifique, l'historien a notamment publié "La Civilisation de l'Europe des lumières" (1971), "Démographie historique et système de civilisation" (1974), "La Peste blanche, Comment éviter le suicide de l'Occident ?" (1976), "Un futur sans avenir, Histoire et population" (1979), "Histoire et décadence" (1981), "Trois millions d'années, quatre-vingt milliards de destins" (1990), "Colomb ou la logique de l'imprévisible" (1993), "Charles Quint" (2000). Marié et père de six enfants, Pierre Chaunu était commandeur de la Légion d'honneur.
Dans un communiqué, Nicolas Sarkozy a salué celui qui "fut l'un des premiers à attirer avec force l'attention de l'opinion publique française et européenne sur le risque de déclin qu'entraînait la faiblesse de la démographie européenne." Le Président de la République "rend hommage à la mémoire de Pierre Chaunu dont la vie et l'oeuvre témoignent du dynamisme des sciences sociales françaises et salue le combat qui fut le sien contre le déclin démographique." |
| Citation: | DISPARITION
L'historien Pierre Chaunu est mort
(Le Point)
L'historien Pierre Chaunu, l'une des grandes figures de l'école historique française, est décédé jeudi soir à son domicile à Caen, à l'âge de 86 ans, a-t-on appris auprès de l'Académie des Sciences morales et politiques dont il était membre. Ancien professeur d'histoire moderne à la Sorbonne, Pierre Chaunu était l'un des fondateurs de l'histoire quantitative qui s'appuie sur les mathématiques et les statistiques, et utilise l'économie et la démographie pour analyser les évolutions historiques. Le grand public le connaissait surtout pour ses cris d'alarme concernant la démographie européenne. Spécialiste de l'Amérique espagnole et de l'histoire sociale et religieuse de la France des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, il est l'auteur de plusieurs dizaines de livres.
Né le 17 août 1923 à Belleville (Meuse), "à la lisière du champ de bataille de Verdun", selon ses propres termes, agrégé d'histoire et docteur ès lettres, Pierre Chaunu a commencé sa carrière comme professeur au lycée de Bar-le-Duc en 1947. Membre de l'école des hautes études hispaniques, il séjourne à Madrid et à Séville jusqu'en 1951. A son retour en France, il est professeur au lycée Michelet de Vanves (1951-1956) avant de poursuivre sa carrière à l'Université. Entre 1956 et 1959, Pierre Chaunu est chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris et attaché de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). La publication de sa thèse monumentale en douze volumes sur "Séville et l'Atlantique (1504-1650)", de 1955 à 1960, marque un tournant dans la recherche en histoire.
Auteur prolifique
Devenu professeur à l'Université de Caen, Pierre Chaunu y fonde en 1966 le Centre de recherches d'histoire quantitative. "Les graphiques des naissances me paraissent plus sûrement annonciateurs que les tendances réunies du Dow Jones, du Nikkeï et du Cac 40 ; et les réflexions et représentations sur l'au-delà de la mort, plus opérationnelles que la lutte dite des classes et le cours du Brent à Rotterdam", expliquait-il. Désigné professeur d'histoire moderne à l'Université Paris IV-Sorbonne en 1971, il y enseignera jusqu'à sa retraite.
Pierre Chaunu a par ailleurs joué un rôle important dans les instances du CNRS. Il était membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 1982 et du Haut Conseil à l'intégration depuis 1994. Auteur prolifique, l'historien a notamment publié "La Civilisation de l'Europe des lumières" (1971), "Démographie historique et système de civilisation" (1974), "La Peste blanche, Comment éviter le suicide de l'Occident ?" (1976), "Un futur sans avenir, Histoire et population" (1979), "Histoire et décadence" (1981), "Trois millions d'années, quatre-vingts milliards de destins" (1990), "Colomb ou la logique de l'imprévisible" (1993), "Charles Quint" (2000). Marié et père de six enfants, Pierre Chaunu était commandeur de la Légion d'honneur |
| Citation: | Décès de Pierre Chaunu. Sarkozy salue un grand historien
Ici
Au lendemain du décès de l'historien Pierre Chaunu, Nicolas Sarkozy a tenu à rendre hommage au grand historien qu'il était. Le président Nicolas Sarkozy a salué ce samedi en Pierre Chaunu, mort à 86 ans, l'historien et le combattant du "déclin démographique". C'était, souligne un communiqué de l'Elysée, "l'un des plus talentueux représentants de l'école historique française". "Il fut l'un des premiers à attirer avec force l'attention de l'opinion publique française et européenne sur le risque de déclin qu'entraînait la faiblesse de la démographie européenne", ajoute le texte de la présidence. Ainsi, le Président de la République rend hommage à la mémoire de Pierre Chaunu "dont la vie et l'œuvre témoignent du dynamisme des sciences sociales françaises et salue le combat qui fut le sien contre le déclin démographique", conclut le communiqué de l'Elysée. Ancien professeur à la Sorbonne, spécialiste de l'Amérique espagnole et de l'histoire sociale et religieuse de la France, auteur de plusieurs dizaines de livres, Pierre Chaunu est mort jeudi à Caen.
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| Citation: | Que représente pour vous Radio-Courtoisie?
Pierre Chaunu de l'Institut
(Les livres du jour: "Les Mardis de la mémoire". Tous les mardis à 10h45)
Avant de tenter de répondre, il m'a fallu réprimer un instant de panique, lutter contre un sentiment de pudeur froissée. Courtoisie et pudeur sont des valeurs - le mot est à la mode - obsolètes dont il n'est pas convenable, peu « correct » de faire état. Il n'est pas facile de dire bien ce qu'on aime, moins encore ce pourquoi on aime. Une grande Dame que nous admirons n'a-t-elle pas parlé de ferveur? Ferveur, oui, elle est des deux côtés du micro.
Alors que dire ? Puisque les réponses qui comptent, celles des auditeurs et celles de nos invités sont déjà formulées, et que, pour l'essentiel, tout a été dit, parfaitement dit par celui qui, depuis le premier jour, a porté l'édifice sur ses épaules, Jean Ferré. J'adhère totalement à ce qu'il a écrit. Dans ces conditions, il est bien difficile d'éviter le « bis repetita non placet. » La question précise : « En tant que patron d'émission » Patron (!?) oui, puisque ma liberté est totale, le choix du sujet, des intervenants... m'appartient, sans que personne m'ait jamais rien suggéré, ni, a fortiori, censuré. Une liberté aussi totale est exaltante et difficile à vivre, puisque la liberté vraie ainsi conçue n'a d'autres limites que celle; qu'elle s'impose à elle-même et qu'impose le respect de l'autre, et d'abord de l'auditeur, le désir sincère de ne pas blesser. La liberté vraie, celle qui appartient à la tradition chrétienne à laquelle je me rattache, est liberté de donner, de construire, non de salir, abîmer, détruire. Elle suggère d'écarter la dérision, ce recours misérable qui blesse ceux qui en font usage, sauf comme arme ultime pour faire tomber le masque des fourbes. Se conformer donc au principe cicéronien de ne dire que la vérité et de ne jamais retenir ne serait-ce qu'une petite part de la vérité.
Ce qui pose, aujourd'hui, comme avant-hier plus qu'hier, de redoutables problèmes. La règle d'or est de ne pas s'écarter de la vieille règle universitaire qui voulait que l'on évitât de s'aventurer dans ce qu'on ne maîtrise pas. On ne peut éviter toutefois de prendre quelque risque. A condition de bien marquer les limites entre la thèse et l'hypothèse, de ne pas confondre le quasi définitif avec la pierre d'attente. « Les Mardi de la mémoire » , même si on l'a dit par boutade sympathique, ne sont ni Radio-Sorbonne, ni Radio-Collège-de-France. Quand les meilleurs spécialistes viennent nous entretenir de leurs travaux, ils le font toujours avec le souci, je n'ai pas besoin de le leur rappeler, d'un public plus large et moins averti que leurs disciples. Mon but est de m'informer et de m'instruire avec nos auditeurs, de décloisonner, de faire circuler un peu mieux ce qui ne remplit pas les colonnes de la mauvaise vulgarisation, celle qui abaisse, et de fournir des éléments de connaissance assimilée que chacun peut intégrer au gré de ses besoins, de sa culture et de ses pensées. En fait, je m'efforce de faire ce que d'autres machines tellement plus riches en moyens ne font pas toujours soit par crainte de l'audimat, soit en raison des réseaux de convenances qu'il faut, pour durer, éviter de froisser.
Je réponds, enfin, à la question: dire pourquoi j'apprécie tant la chance qui m'est offerte. Depuis un peu plus de dix ans, grâce à Jean Ferré, à la fidélité des auditeurs et à leur patience, j'ai eu le privilège, sans jamais faillir à ma promesse, de m'entretenir cinquante-deux fois une heure durant, chaque année, sur les ondes, avec des auteurs heureux de faire connaître leur oeuvre, déjà consacrée, ou, à mon sens, digne de l'être. Rediffusés trois fois dans la semaine, ces entretiens permettent, sans hâte, de faire le tour d'une question et de donner le désir de poursuivre et d'approfondir avec l'ouvrage de l'auteur, quand lui et moi avons su répondre à l'attente. Ces « Mardis de la mémoire » totalisent un peu plus de deux mille heures d'émission en dix ans.
Quand on a choisi et passionnément aimé un métier qui s'apparente à une vocation, qui est toute de lecture attentive ininterrompue, de réflexion, de recherche et de parole, quand entré dans la soixante-quinzième année de son âge, alors que les espaces de parole institutionnels ont tendance à se fermer, quand on éprouve le besoin de dire autre chose que ce qu'il est séant d'ânonner, disposer d'un espace d'authentique liberté n'a pas de prix. Pouvoir exprimer ce qui vous tient à coeur, ce qui vaut la peine d'être dit pour le bien commun, et - laissez-moi rêver - pour le bien de ceux qui, peut-être, après nous, vivront, parmi ceux qui, en petit nombre, auront réussi à contourner les obstacles que nos sociétés, désormais, déploient pour empêcher de naître. Le bruit n'est pas la parole. Les techniques au service de la communication ont, en cinquante ans, progressé plus que dans les dix mille ans qui précèdent. Elles n'ont pas entraîné un progrès des espaces de liberté. Les interdits se multiplient, là où on ne les attendait pas.
Essayez, pour vous en convaincre, de faire savoir que la transmission de la vie humaine ne sera plus assurée, sans qu'interviennent un changement radical et la reconstruction en priorité d'un système de valeurs à partir de données contenues, pour l'essentiel, dans un ancien héritage. Je doute que vous y parveniez.
La vérité vraie, parfois désagréable à entendre, dispose rarement de grands moyens. A l'Est, dans une expérience récente, elle disposait du samizdat (1). Mon ambition, je la crois partagée, est de contribuer à un nouveau samizdat, au bénéfice d'une large part de vérité sacrifiée, à savoir que la vie a un sens, et qu'elle vaut la peine d'être vécue, que ces instants ne sont pas perdus... et qu'il convient de le faire savoir.
Pierre Chaunu
(1) Sam-izdat, un des mots ruées passés aujourd'hui dans toutes les langues. Auto-édition clandestine, au péril sinon de la vie du moins de lourdes peines dans ces camps de travail forcé et de torture par la faim, le froid et les coups, que l'on désigne sous le nom de Goulag.
Le samizdat est un mode de résistance intellectuelle dans un système où le Parti-Etat contrôle tout et réserve le privilège de l'édition et des ondes aux auteurs soumis aux ordres changeants de la ligne partisane.... L'auto-édition dans les pays du bloc communiste, à partir des années 60 et 70, s'organise et se développe avec de pauvres moyens sur un mauvais papier. Les premières oeuvres de Soljenitsyne sont des fleurons du samizdat. Le communisme-Goliath, une des deux oppression les plus sanglantes de l'histoire, et quant au nombre des morts largement la première, a finalement été vaincu par le petit David-Samizdat. Nous sollicitons l'honneur de combattre dans ses rangs. (Note de l'auteur). |
| Citation: | Pierre Chaunu, la vie, la mort, la foi…
Ici
Vendredi prochain, La Fabrique de l’histoire rendra compte comme il convient de l’oeeuvre de Chaunu qui vient de disparaître. Heureusement que France-Culture est là: “Le Figaro”, où Chaunu rendit compte avec fougue de dizaines et de dizaines de livres qu’il était souvent le premier à découvrir, ne lui consacre aujourd’hui qu’une malheureuse colonne dans ce qui lui tient lieu de pages culturelles…
J’ai été l’élève d’Alphonse Dupront que Chaunu tenait pour le plus important historien de la génération qui l’avait précédé: de lui, il avait appris, comme moi, que l’homme est fondamentalement un animal religieu (mon clavier, toujours handicapé, ne parvient pas à achever l’écriture de ce mot…). Etudiant, je ne connaissais de Chaunu, outre ses grands livres bien sûr, que ses interventions fulgurantes dans des soutenances de thèses où je me rendais rien que pour l’entendre. Je me souviens néanmoins d’une rencontre furtive dans le métro, qui m’avait laissé interloqué. J’étais tranquillement assis sur une banquette quand l’illustre professeur vint s’installer à mes côtés; il portait comme à l’accoutumée la cravate noire qu’il ne quittait plus depuis la mort, à quinze ans, de son fils Marc; à peine posé, il se mit aussitôt à lire en même temps que moi le journal que je tenais entre les mains, m’incitant d’un regard impérieu à tourner plus vite les pages, me prenant presque l’ e emplaire des mains: un tel ogre gourmand d’informations, prêt, évidemment, à discuter ferme avec le benêt que j’étais, me fut aussitôt sympathique. A ceu qui, à l’époque, le traitaient de “fasciste” parce qu’il n’avait pas baissé sa garde en 68 et qui, aujourd’hui encore, le qualifient d’homme d’e trème droite, je réponds qu’il n’aimait rien tant que l’échange et la confrontation: les “intellectuels de gauche” y sont souvent beaucoup moins portés qu’il ne l’était.
Malade déjà, il avait publié à bas bruit, au Cerf, en 2006, un petit livre nourri des prédications qu’il assurait discrètement chaque dimanche dans le modeste temple protestant de Courseulles-sur- Mer. Le titre en était: “Leçons pour la pai” (encore un mot que je ne parviens plus à écrire correctement). On y lit l’inquiétude d’un vieil homme issu de Lorraine qui, dès la rentrée 1938 qu’il effectua en Normandie, venu de Metz, savait que la guerre était pour demain et qui, en aout 1945, comprit de suite le sens d’Hiroshima et de Nagasaki. Mais, ô surprise pour ses détracteurs, on y relève aussi cet appel au croyants des trois grandes religions: “les conflits du Proche-Orient sont d’origine beaucoup plus récente qu’on ne veut vous le faire croire; ils ne remontent pas vraiment au croisades dont Dupront a montré qu’elles fécondèrent l’estime mutuelle entre chrétiens et musulmans; la manière dont fut faite - et mal- la décolonisation est l’e plication première; si l’histoire n’est pas si ancienne, la solution n’est donc pas si éloignée…” Dans nos régions, recommande Chaunu, “les chrétiens doivent accueillir et mieu connaître les immigrés qui viennent de pays musulmans; il faut qu’ils voient dans le musulman non pas un ennemi mais un allié; les armes dont nous disposons contre le terrorisme sont les signes de fraternité et l’aide au développement…”
Les obstinés qui veulent renvoyer Chaunu, lequel prêchait sans cesse l’hospitalité, dans le camp des installés feraient bien de lire ce testament qui, de surcroît, est bref: Chaunu possédait l’ esprit de synthèse. Mais, pour l’entendre, il leur faudrait renoncer aussi à ce laïcisme obstiné qui voit en chaque croyant, juif, chrétien, musulman, un hystérique et un aliéné. C’e’st sans doute beaucoup demander…
“En mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance, nous avons surtout compris que nous allions mourir.” Chaunu, entré dans le silence depuis longtemps, s’y était préparé. Au temple, la semaine prochaine, quand, peu de jours avant l’émission d’Emmanuel Laurentin, se réuniront ses mais, ils sauront dire que, bien au dessus de la connaissance -et Dieu sait si elle avait de l’importance pour Chaunu, il y a le coeur de la révélation: les hommes sont faits pour le dialogue et non pour la violence. |
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|  | | Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: Décès de personnalités notables (retranscriptions de nécrologies) Mar 03 Nov 2009, 7:39 pm | |
| Après P.C., voici C.LC. : | Citation: | L'ethnologue Claude Lévi-Strauss est mort
LEMONDE.FR | 03.11.09 | 17h20 • Mis à jour le 03.11.09 | 18h25
L'ethnologue et anthropologue Claude Lévi-Strauss est mort dans la nuit du samedi 31 octobre au dimanche 1er novembre à l'âge de 100 ans, selon le service de presse de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) contacté par Le Monde.fr. Plon, la maison d'édition de l'auteur de Tristes Tropiques, a également confirmé l'information diffusée par Le Parisien.fr en fin d'après-midi. Claude Lévi-Strauss, qui a renouvelé l'étude des phénomènes sociaux et culturels, notamment celle des mythes, aurait eu 101 ans le 28 novembre.
A l'occasion de la publication de son oeuvre dans la "Bibliothèque de la Pléïade" en mai 2008, Roger-Pol Droit avait publié dans Le Monde un portrait de l'ethnologue que nous vous proposons de retrouver ici :
A qui doit-on cette pensée immense ? Un philosophe ? Un ethnologue, un anthropologue, un savant, un logicien, un détective ? Ou encore un bricoleur, un écrivain, un poète, un moraliste, un esthète, voire un sage ? Seule réponse possible : toutes ces figures ensemble se nomment Claude Lévi-Strauss. Leurs places varient évidemment selon les livres et les périodes. Mais il existe toujours une correspondance, constante et unique, entre ces registres, usuellement distincts et le plus souvent incompatibles. Car cette oeuvre ne se contente pas de déjouer souverainement les classements habituels. Elle invente et organise son espace propre en les traversant et en les combinant sans cesse.
Depuis une naissance à Bruxelles le 28 novembre 1908 jusqu'à la publication, ces derniers jours, de deux mille pages dans la "Bibliothèque de la Pléiade", le parcours de Lévi-Strauss suit un curieux périple. Il commence dans l'atelier de son père, qui était peintre, se poursuit par une série de mutations dont l'inventaire comprend, entre autres, l'agrégation de philosophie, le choix de l'anthropologie, le parcours du Mato Grosso, l'exil à New York pendant la guerre, l'adoption de la méthode structurale, la notoriété mondiale, le Collège de France, l'Académie française et l'apparent retour à la peinture dans son dernier livre publié (Regarder écouter lire, Plon, 1993). Résultat : des voies nouvelles pour scruter l'humain.
Trait essentiel : l'exigence sans pareille de remonter continûment d'une émotion aux formes qui l'engendrent - pour la comprendre sans l'étouffer. Lévi-Strauss ne cesse de débusquer la géométrie sous la peinture, le solfège sous la mélodie, la géologie sous le paysage. Dans le foisonnement jugé imprévisible des mythes, il discerne une grammaire aux règles strictes. Dans l'apparent arbitraire des coutumes matrimoniales, il découvre une logique implacable. Dans le prétendu fouillis de la pensée des "sauvages", il met au jour une complexité, une élaboration, un génie inventif qui ne le cède en rien à ceux des soi-disant "civilisés".
Cette symbiose du formel et du charnel, il n'a cessé de la parfaire. Le choix que Claude Lévi-Strauss a opéré parmi ses livres pour "la Pléiade" le confirme. Mais à sa manière : indirectement, sous la forme, au premier regard, d'un paradoxe. Il est curieux, en effet, que les textes qui eurent le plus fort impact théorique n'aient pas été retenus. Ainsi ne trouve-t-on dans ce choix d'oeuvres ni Les Structures élémentaires de la parenté (1949), ni les deux recueils d'Anthropologie structurale (1958 et 1973), ni les quatre volumes des Mythologiques ! Le luxe suprême, pour l'auteur de chefs-d'oeuvre multiples, serait-il de les trier sur le volet ? Réunir notamment Tristes Tropiques, la Pensée sauvage, La Potière jalouse et bon nombre d'inédits, c'est proposer une lecture indispensable.
EFFETS DE SENS
Malgré tout, on peut s'interroger sur les effets de sens induits par ce regroupement, les présences et les absences. Finalement, en écartant les travaux techniques qui s'adressent aux experts, cette "Pléiade" propose un Lévi-Strauss plus aisément accessible au public. L'ensemble déplace le centre de gravité vers la dernière partie de l'oeuvre, avec La Voix des masques (1975), Histoire de Lynx (1991), Regarder écouter lire. L'anthropologue se montre ici, globalement, plus écrivain que scientifique - à condition de ne surtout pas entendre par là un quelconque retrait de la réflexion au profit du récit et du plaisir du style. La force de ce maître est au contraire de toujours tenir ensemble et l'expérience sensible et son arrière-plan théorique.
On laissera donc de côté l'idée que les structures seraient des formes ternes, résidant dans des sous-sols gris. Elles habitent avec éclat les séquences chamarrées du monde, expliquent le système des masques indiens aux couleurs vives aussi bien que celui des mélodies de Rameau. Cette bigarrure bien tempérée est la marque de Lévi-Strauss. A New York, il apprit à fusionner l'insolite et le formalisme, en fréquentant André Breton aussi bien que Roman Jakobson. De Rousseau, il a retenu la fraternité de la nature perdue, de Montaigne le scepticisme enjoué, et le sens quasiment bouddhique de la discontinuité des instants. Mais il ne doit qu'à lui-même la fusion permanente de ces registres en un style.
Comment dire, par exemple, que le village bororo, de feuillages noués et tressés, entretient avec les corps de tout autres relations que nos villes ? "La nudité des habitants semble protégée par le velours herbu des parois et la frange des palmes : ils se glissent hors de leurs demeures comme ils dévêtiraient de géants peignoirs d'autruche." Une autre page de Tristes Tropiques précise : "C'est une étrange chose que l'écriture." Plus encore quand elle unit d'oeuvre en oeuvre mathématiques et poésie. Heureux ceux qui ont encore à découvrir.
Roger-Pol Droit |
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|  | | Tim
Esunsis Abri de l'Âtre


Nombre de messages: 1036 Date d'inscription: 20/06/2008
 | Sujet: Re: Décès de personnalités notables (retranscriptions de nécrologies) Mar 03 Nov 2009, 7:46 pm | |
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|  | | Otton Prince

Nombre de messages: 999 Localisation: Repertoireuropeen (Blog) Date d'inscription: 19/10/2008
 | Sujet: Re: Décès de personnalités notables (retranscriptions de nécrologies) Mer 04 Nov 2009, 10:38 am | |
| Lévi-Strauss, le misanthrope humanistePar Fumaroli Marc, de l'Académie française, publié le 24/04/2008 - mis à jour le 03/11/2009 18:28 ( L'Express) A quelques mois de son 100e anniversaire, un an avant sa mort, samedi dernier, le chantre des peuples sans écriture entrait dans la Pléiade. Son confrère académicien Marc Fumaroli réexplorait à cette occasion les chemins de ce savant rousseauiste qui remonta aux sources de la "pensée sauvage". Né en novembre 1908, Claude Lévi-Strauss ne dément point, par sa longévité centenaire, la vaillance d'esprit des Lumières qu'il incarne parmi nous. De Fontenelle, qui tint la même distance, il semble avoir hérité ses secrets de longue vie : une langue de cristal et une souveraine intelligence quasi désincarnée. De Rousseau, son maître reconnu, il a conjuré l'éloquence pathétique, tout en rivalisant avec la violence et le pessimisme théoriques de ses idées. Penser à la hauteur de Rousseau tout en écrivant avec la froideur de Fontenelle : dans ce paradoxe propre à Lévi-Strauss, c'est comme si l'une des figures irréalisées du xviiie siècle s'était produite de notre temps, et il y a de quoi s'émerveiller, se féliciter et le remercier de nous accorder ce privilège. Nous avons bien besoin de sa présence pour garder intacts le sens français du style et celui de l'altitude de pensée. "Connais-toi toi-même" En 1941, Claude Lévi-Strauss réussit à s'échapper aux Etats-Unis. Avec l'historien de l'art Henri Focillon, avec l'essayiste catholique Jacques Maritain, il fonde l'Ecole libre des hautes études de New York. La terreur qui sévissait alors en Europe lui a laissé une horreur inguérissable. Il a cependant relativisé les repentances de l'Occident d'après guerre, en lui rappelant le sort terrible que sa modernité a infligé depuis longtemps aux nations "arriérées" qu'il a détruites, converties ou condamnées à la conversion. Lui-même en avait étudié quelques-unes en 1934-1939, sur le terrain, dans le Mato Grosso brésilien, à la faveur d'une mission officielle française dont faisaient partie Fernand Braudel, Roger Bastide et Charles Morazé et qui est à l'origine de l'université de São Paulo. Outre cette expérience directe d'ethnologue de peuples sans écriture, il s'est acquis une encyclopédique connaissance des études que l'anthropologie européenne, issue des lettres des missionnaires du XVIIIe siècle, avait multipliées sur presque toute la surface de la Terre. Etrange palindrome: au fur et à mesure que la modernité occidentale détruisait comme autant d'"objets" tout ce qui à première vue ne lui ressemblait pas, l'observation ethnologique découvrait, dans ces "objets" sur le point de disparaître, des sujets qui étaient autant de variantes de sa propre humanité, indispensables à son "Connais-toi toi-même". En 1955, Tristes Tropiques, avec le talent littéraire des voyageurs du XVIIIe siècle, mais avec la science de l'anthropologue du XXe, faisait éclater cette tragique contradiction entre civilisation et humanisme. La misanthropie de Lévi-Strauss envers les vainqueurs, rétrécis par leur propre victoire, nourrissait une ironie aussi noire qu'étaient intenses, malgré leur retenue, sa compassion et son amour pour les vaincus, dépossédés ou en voie de dépossession. Son génie de théoricien esquissait déjà une synthèse, que son oeuvre proprement scientifique, de livre en livre, ne cessera d'imposer, non sans rencontrer des résistances, à la communauté mondiale des anthropologues, et que La Pensée sauvage, en 1962, renouvelant le succès de Tristes Tropiques, fera pénétrer dans le grand public français et international. Elle ira jusqu'à influencer, dit-on, la vision géopolitique secrète de Jacques Chirac et nourrir sa passion présidentielle pour les "arts premiers". En Amérique, Claude Lévi-Strauss avait été conquis par la théorie linguistique de Roman Jakobson, qui recoupait la cybernétique créée par Norbert Wiener et la théorie informatique inventée par Claude Shannon. L'unification des "sciences humaines" et des sciences de la nature sur les mêmes fondations mathématiques semblait, dans les années 1950, à portée de main. Avec un puissant génie de synthèse et d'abstraction, ressaisissant et unifiant la matière éparse des mythes de tradition orale recueillis par lui-même au Brésil et par la nombreuse communauté des ethnologues aux quatre coins du monde, Lévi-Strauss dévoila dans les mythologies des peuples sans écriture la structure quasi cybernétique d'une langue symbolique et d'une logique binaire qui n'avaient rien à envier à la pensée conceptuelle moderne, dont il était lui-même l'interprète superlatif. Cette universelle "pensée sauvage", où il n'hésitait pas à voir la souche mère féconde et ouverte de toutes les autres, avait à ses yeux le paradoxal mérite, effacé ultérieurement par les théologies monothéistes et par la "pensée civilisée" qui en dérive, de coller à l'expérience sensible, aux odeurs, aux textiles, aux couleurs, interface continue entre culture et nature, et non coupure entre l'une et l'autre. Ce que nous avions gagné en cognition autoréflexive, nous l'avions donc perdu en cognition esthétique, en sentiment immédiat du beau et du réel. Le penseur contemporain le plus épris de logique formelle se veut aussi le plus matérialiste et le plus sensible à la "corporéité". Rebelle au subjectivisme existentiel sartrien, son intelligence n'en est pas moins habitée d'une ardente nostalgie rousseauiste pour un état originel de l'humanité, encore non sevrée de la nature, non séparée en individus, non sujette à l'Histoire, non aliénée par l'écriture, mue par une musique sérielle aussi objective que le chant des oiseaux. C'est cette musique oubliée que feront entendre les quatre volumes de Mythologiques (1964-1971), amplifications de ses conférences au Collège de France. Pour Lévi-Strauss, pas d'humanisme qui vaille sans respect pour cette enfance universelle de l'humanité redécouverte par notre anthropologie, mais après que nous en avons dérivé au point, pour notre propre malheur, de l'avoir calomniée, méconnue et fracassée. Il est difficile à un moderne de se montrer plus radicalement antimoderne. Aussi Lévi-Strauss, autorité majeure d'un "structuralisme" dont il se dissocia sitôt qu'il devint une mode, s'est de plus en plus souvent, depuis les années 1970, retourné sur notre monde contemporain pour lui suggérer d'être un peu moins naïvement moderne et un peu plus humain. Dans le célèbre discours à l'Unesco de 1971, où il dénonça le concept de race, il déclarait aussi qu'un antiracisme abusif pouvait conduire à négliger les particularismes et les habitudes des sociétés prémodernes. Ami des surréalistes et chef de file d'une avant-garde philosophique, il n'a pas craint d'être reçu en habit vert à l'Académie française, dépositaire à ses yeux de plusieurs de "ces ressorts intimes de la vie en société" dont les "primitifs" lui ont appris toute la portée: le langage, les rites, la tradition. Fils d'un peintre de portraits ruiné par la photographie, il n'a pas hésité à lancer des flèches contre l'art conceptuel contemporain et contre son reniement de l'artisanat du dessin. Il a consacré des pages pénétrantes à la lecture des tableaux de Nicolas Poussin, à l'écoute de la musique de Rameau, à Diderot et Baudelaire, montrant comment la "technique de dépaysement" de l'anthropologue, les alternances de son regard de près et de son regard de loin sur l'étrangeté apparente de ses sujets pouvaient rejoindre l'exercice des humanités classiques et nous prévenir, avec elles, contre l'"enfermement" dans le "règne séparé" d'une modernité utilitariste et à courte vue. Ecologiste avant l'heure, il a annoncé que la prédation par l'homme contemporain de la nature et du monde animal aurait pour corollaire la prédation par l'homme de l'humanité elle-même. Cet admirateur du Japon est aujourd'hui parmi nous comme l'auguste vieillard expérimenté et taciturne que chaque grande compagnie nipponne loge au sommet de sa tour amirale, à Tokyo, et à qui l'on soumet, en dernier ressort, les décisions vitales pour la survie de l'entreprise. |
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